WILHELM UHDE

WILHELM UHDE (1874 - 1947)

FERVENT DÉFENSEUR DES "PRIMITIFS MODERNES"



Avant tout collectionneur, écrivain et critique d'art, l'allemand Wilhelm Uhde fut une figure capitale de l'histoire de l'Art de la première moitié du XXème siècle. Né en Allemagne, c'est à Paris, ville lumière et lieu de création, qu'il choisit de faire carrière. Il eut un rôle charnière dans la défense du cubisme et de l'art dit naïf. Il s'enthousiasme avant l'heure pour le cubisme, s'émerveille pour Pablo Picasso, se passionne pour Braque, découvre le Douanier Rousseau et s'extasie devant les oeuvres de Séraphine de Senlis. Sa collection est éclectique et variée. Cependant, les oeuvres qui la composent ont toute un dénominateur commun : elles ont été choisies avec le coeur par leur collectionneur pour leur rapport spontané au monde, leur pouvoir de révéler l'imperceptible. MyStudiolo retrace la vie cet autodidacte au flair exceptionnel en :



6 dates clefs 4 oeuvres 3 anecdotes 1 citation



1904 Uhde s'installe à Paris, il a trente ans. Il découvre alors le Louvre, visite les galeries d'Ambroise Vollard et de Paul Durand-Ruel, rencontre Gertrude et Leo Stein. Il commence a acheter ses premiers tableaux et choisit d’en vendre certains pour gagner modestement sa vie et ainsi subsister à Paris. C’est ainsi qu’il découvre, dans la boutique du Père Soulié, un tableau de la période bleue de Picasso, alors encore inconnu, et l'achète pour 10 francs.


1905 C'est l'année du scandale du Salon d'Automne au Grand Palais avec sa "cage aux fauves". Uhde est alors un des rares à défendre ce groupe. Il a un coup de foudre pour les paysages rougeoyants de Braque et devient son premier collectionneur parisien. Cette date marque le début de son soutien et de son accompagnement dans l'aventure cubiste de l'artiste.


1907 Uhde rencontre Henri Rousseau dit le Douanier, son premier « maître Primitif moderne ». Dans "de Bismarck à Picasso" il raconte que c'est la mère de Robert Delaunay qui l'a emmené chez le peintre alors qu'il était en train de peindre "la charmeuse de serpents". Au fil de ses visites, il a pu suivre l'achèvement de ce tableau. L'année suivante, il organise sa première exposition personnelle dans sa galerie de Montparnasse et publie deux ans plus tard sa première monographie.


1914 La guerre de 14 est déclarée. En tant que ressortissant allemand, il doit fuir la France précipitamment, sans avoir pu confier sa magnifique collection comprenant des oeuvres de George Braque, Pablo Picasso, Jean Metzinger, Fernand Léger, Raoul Dufy, Marie Laurencin, Séraphine Louis et Henri Rousseau. Ses toiles lui sont confisquées par l'État français et se retrouve brader aux enchères de l'Hôtel Drouot en 1921.


1924 L'Allemagne de Weimar est invivable pour Uhde. Il revient en France accompagné du peintre Helmut Kolle, son compagnon. Bien qu'il ait en partie reconstitué sa collection, Uhde se tourne vers ceux qu'il nomme d'abord les "coeurs sacrés" puis "les primitifs modernes". Il se bat alors pour la reconnaissance des héritiers de Henri Rousseau : André Bauchant, Camille Bombois, Jean Eve, Louis Vivin, et surtout Séraphine Louis, sa propre femme de ménage, dont les oeuvres mystiques le fascinent.


1947 Uhde s'éteint à l'âge de 72 ans dans son appartement parisien de Place des Vosges. Peu avant l'éclatement de la seconde guerre mondiale, il s'était trouvé déchu de sa nationalité allemande par l'Allemagne nazie à cause de ses écrits pacifiques et de ses ouvrages consacrés à des peintres qualifiés « dégénérés » par le IIIe Reich. Le dernier ouvrage publié l'année de sa mort fut "Cinq maîtres primitifs", un important ouvrage consacré à Rousseau, Séraphine, Vivin, Bauchant et Bombois.



George Braque, Paysage de la Ciotat, 1906

Camille Bombois, Grosse fermière sur son échelle, 1935

Helmut Kolle , Lesender jockey, 1926

Séraphine de Senlis, Feuilles, 1928



ANECDOTES


  • En 1905, Uhde fait une acquisition qui aura de lourdes conséquences. Exposé devant la porte de la boutique du Père Soulié, il achète pour 10 francs un nu féminin aux cheveux jaunes qui lui plait particulièrement. La signature, qui commence par un P, lui ait inconnu. Ses amis du Dômes estiment que c'est une pâle imitation de Cézanne. Mais quelques jours plus tard, Uhde fait la connaissance du peintre au Lapin Agile à Montmartre, qui n'est autre que Pablo Picasso ! D’après la légende, il aurait été si fou de joie de rencontrer quelqu’un ayant enfin acquis l’une de ses œuvres qu’il en aurait tiré des coups de feu.


  • Quand il rencontre Henri Rousseau, son premier « maître primitifs modernes », ses oeuvres qualifiées d’enfantine lui valent beaucoup de moqueries. Uhde comprend et apprécie son travail. Il décide de le défendre et organise ainsi sa premiere exposition personnelle en 1908. Mais c’est un échec ! L’adresse de la galerie n’a pas été indiquée sur le carton d’invitation. Confus, Uhde s’achète lui meme une oeuvre Vue de Malakoff 1908 pour 40 francs.


  • Installé à Senlis en 1912, Uhde assiste à une réception avec ses amis peintres. S'ennuyant un peu, il se tient à l'écart. Tout à coup, il s'extasie devant des pommes peintes « faites de beauté et devenues réalité ». Ce n'est autre que l'oeuvre de Séraphine Louis, la femme de ménage. Il est fasciné par l'éclat des fruits peints au ripolin - une laque d’usage domestique pour la vaisselle – sur des panneaux de bois. Le mythe de Séraphine de Senlis est né. Il s'agit de la découverte la plus authentique de Uhde.



" Je ne collectionne pas pour vendre, je vends pour collectionner "



Wilhelm Uhde