Charles Pada - Art Urbain



EMOTION


D’où vous vient votre passion pour l’Art ?

Mon départ de France pour le Japon en 2007 a marqué mon entrée dans le monde artistique. Changer de pays, c‘est se jeter dans l’inconnu et développer sa curiosité et ses facultés d’adaptation. Tokyo est une ville très dynamique, rythmée par un jeu continu de son et lumière. Le design a une part très importante dans la vie de tous les jours, que ce soit dans le marketing des produits les plus usuels, dans la décoration des restaurants et magasins ou même dans d’improbables tenues vestimentaires (les fameux cosplays, mais pas que !). Finalement, voyager de Paris à Tokyo, c’est découvrir une nouvelle culture: on revit et on découvre de nouvelles perspectives. Ce changement m’a donc littéralement introduit dans un monde où une attention particulière est portée à l’image. Je me suis alors pris au jeu local et ai commencé à acquérir ce qui me semblait beau, avant même d’être utile. Comme beaucoup de collectionneurs de nos jours, j’ai commencé à accumuler une collection de designers toys, très accessibles au Japon. S’en est suivi des rencontres locales et internationales qui ont alimenté mon intérêt et m’ont également aidé à découvrir de nouveaux artistes et medium. En 2010, je suis parti vivre à Hong Kong, qui s’est transformée par la suite en une plateforme majeure de l’Art dans la région. Les designer toys y étaient déjà bien implantés (Michael LAU, Coarsetoys). Cependant, les appartements étant très petits et chers à HK. J’ai progressivement migré vers de l’Art que je pouvais exposer sur mes murs ou stocker sous un lit (les boites de toys sont très volumineuses). Les sérigraphies ont été un excellent point d’entrée, avec un prix abordables tout en gardant cet aspect limite, cher aux collectionneurs.


COLLECTION


Il y a toujours un point de départ à une collection. Vous souvenez-vous de votre première pièce ?

Oui, mais ce n’est hélas pas forcément ce qui a réellement marqué ma passion. Je préfère évoquer mes premiers achats réfléchis, en tant que collectionneur averti : des oeuvres de Pejac, dont je ne me lasse pas même après de nombreuses années.


La pièce maîtresse de votre collection, celle dont vous êtes le plus fier ?

Pas une mais plutôt une série de pieces. J’ai un attachement particulier à ce que produit l’artiste Pejac, comme déjà évoqué. J’ai la chance d’avoir plusieurs de ses œuvres sur mes murs et dans mes tiroirs.


Où achetez-vous vos œuvres ? En ligne, en foire, en galerie ?

A mes debuts, j’achetais beaucoup en ligne. Cependant, depuis quelques années, je me décide beaucoup plus en galerie ou directement auprès des artistes.


ARTISTES


Quels sont vos artistes préférés du moment ?

Même si les goûts changent avec le temps, j’essaie d’être constant sur une longue période. Ma liste n’est donc pas « du moment » mais plus le fruit d’une reflexion sur des artistes que je souhaite suivre à travers les prochaines années. Pejac et Thomas Canto (1) sont dans mon top européen. Plus récemment, la majorité des artistes qui rythme ma collection restent japonais car locaux et accessibles : LY (2) , Kosuke Kawamura, Yusuke Hanai (3), Kyne (4), Hiroshi Mori, Taku Obata (5), Meguru Yamaguchi, même si ce dernier est basé aux Etats-Unis. Je ne suis toutefois pas insensible à ceux qui ont déjà obtenu une dimension internationale, comme Kaws, Futura 2000, Barry McGee (6) ou encore Hajime Sorayama. Mais, au-delà du fait qu’ils soient difficilement abordables, ils me perdent dans l’aspect mainstream et marketing. J’apprécie alors leurs œuvres lors d’expositions, mais moins chez moi.





CONSEILS

Le rôle du collectionneur aujourd’hui selon vous ?

Il est essentiel à l’écosystème. Que ce soit par son pouvoir financier ou sa critique, il joue théoriquement un rôle dans la reconnaissance de l’artiste ou de l’œuvre. Cette position est mise régulièrement à mal du fait que le monde artistique n’est pas régulé et que la manipulation est courante, tant dans la définition des prix que dans l’exposition par les medias sociaux. Le collectionneur est un acteur important du marché secondaire. Il se doit d’être avisé et responsable. Enfin, je ne vois pas le collectionneur comme un client qui doit créer « une demande » et influencer « l’offre ». Il est certes décideur, mais il doit resté à sa place de passager et laisser les artistes le conduire dans des terres inconnues. Un collectionneur doit savoir faire confiance à l’artiste et se prêter à la découverte.


Quels sont vos critères de choix dans l’acquisition de vos œuvres ?

J’essaie d’allier l’émotionnel au rationnel. Mon premier critère fondamental est qu’une œuvre doit me plaire par son aspect esthétique et éventuellement par le message qu’elle transporte. Certains objets ne sont pas beaux visuellement, mais ont un charme, la capacité à faire réfléchir. S‘en suit l’identité même du ou des artistes qui ont créé l’œuvre. Je privilégie alors les rencontres pour comprendre la genèse et l’exécution qui ont donné vie à l’objet final. Un artiste ou une galerie non abordables ont un impact important dans mon choix final. Enfin, je me bats toujours contre l’achat impulsif et valorise beaucoup le temps de réflexion, avec le risque de perdre une opportunité. Apres quelques années, les achats bien pensés surpassent toujours les frustrations.

Quel conseil auriez-vous aimé avoir quand vous avez débuté votre collection ?

Ne pas penser avec son porte-monnaie, se projeter sur le long terme, se décider sur une pièce seulement si je compte l’exposer chez moi et si j'arrive à me projeter avec elle sur plusieurs années. C’est ce qui pour moi sépare la décision d’un investissement financier d’un choix du cœur.

Notre dernière ‘Talk Party’ portait sur l'Art et les marques. Que vous évoque cette thématique ?

Je ne suis en général pas attiré par les collaborations entre artistes et marques, même si certaines sont très réussies. C’est pour moi le signe de la démocratisation et de la réussite. C’est une étape logique dans la progression d’un artiste, mais cela amplifie hélas les aspects matérialistes et d’investissements au détriment du charme de l’unicité d’une œuvre.

Que vous apporte MyStudiolo ?

Un index de ce que je possède, partout où je vais. C’est un outil essentiel pour un collectionneur, car il permet de gérer une large collection de manière organisée et d’y accéder de manière rapide. Que ce soit lors d’un vernissage ou d’une visite d’une galerie, de rencontres entre collectionneurs ou avec des artistes, il est très courant d’évoquer ses goûts et la diversité de sa collection. Avoir alors toute cette information à portée de main permet d’alimenter des discussions qui souvent mènent à développer des relations.

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